Renaissance digitale : la technologie de l’IA redonne vie aux défunts en Chine

Publié14 décembre 2023, 21:20

La résurrection virtuelle des défunts grâce à l’intelligence artificielle en Chine

De plus en plus de Chinois endeuillés se tournent vers l’intelligence artificielle (IA) pour redonner vie, d’une certaine manière, à leurs proches décédés.

Des entreprises promettent de créer des «personnes numériques», parfois juste à partir d’une vidéo de 30 secondes du défunt (image d’illustration).

Des entreprises promettent de créer des « personnes numériques », parfois juste à partir d’une vidéo de 30 secondes du défunt (image d’illustration).

Dans un cimetière de l’est de la Chine, Seakoo Wu écoute sur son téléphone la voix de son fils défunt. Ce n’est pas un enregistrement de son vivant : il parle grâce à l’intelligence artificielle. « Je sais que tu souffres beaucoup chaque jour à cause de moi et que tu te sens coupable et impuissant », dit le défunt Xuanmo d’une voix légèrement robotique. « Même si je ne pourrai plus jamais être à tes côtés, mon esprit est toujours dans ce monde et t’accompagne dans la vie. »

Pour le père de Xuanmo, l’objectif est de créer à terme une version virtuelle de son fils qui se comporterait exactement comme lui. « Une fois que nous aurons synchronisé la réalité et le métavers, j’aurai à nouveau mon fils avec moi », assure Wu.

Plusieurs entreprises chinoises se sont lancées dans ce domaine du deuil virtuel. Certaines prétendent avoir créé des milliers de « personnes numériques », parfois à partir d’une simple vidéo de 30 secondes du défunt.

Perpétuer l’existence

Seakoo et sa femme ont vu leur vie bouleversée l’année dernière lorsque leur fils unique est décédé d’un AVC à l’âge de 22 ans. L’essor en Chine des robots conversationnels de type ChatGPT a redonné un nouvel espoir au père effondré : celui de faire renaître virtuellement son fils. Pour cela, il a rassemblé des photos, des vidéos et des enregistrements audio de Xuanmo. Ensuite, il a dépensé des milliers de dollars auprès de sociétés spécialisées en IA pour cloner le visage et la voix de son enfant.

Super Brain, une entreprise spécialisée dans cette technologie, facture entre 10 000 et 20 000 yuans (environ 1300 à 2600 francs suisses) pour la création d’un avatar basique en environ 20 jours, selon son fondateur Zhang Zewei. « Une version numérique de quelqu’un peut perdurer éternellement, même si son corps n’est plus là », affirme-t-il.

Sima Huapeng, fondateur de l’entreprise Silicon Intelligence à Nankin, est convaincu que cette technologie représente « un nouveau genre d’humanisme ». Il la compare au portrait ou à la photographie, qui ont révolutionné la façon dont les gens se souviennent de leurs défunts à leur époque.

Les questions de fidélité et de consentement

Ces doubles virtuels peuvent apporter un certain réconfort, reconnaît Tal Morse, chercheur à l’Université de Bath au Royaume-Uni. Cependant, il faut se poser des questions sur leur impact psychologique et éthique. « Une question essentielle ici est de savoir dans quelle mesure ces robots fantômes sont fidèles à la personnalité qu’ils sont censés imiter », explique-t-il. Car « que se passe-t-il s’ils agissent de manière à « polluer » le souvenir de la personne qu’ils représentent ? » Et comment sait-on si la personne décédée aurait réellement donné son consentement?

Toute nouvelle technologie est « à double tranchant », reconnaît Zhang de Super Brain. Mais tant que cela aide ceux qui en ont besoin, il ne voit pas de problème. Il affirme ne pas travailler avec ceux pour qui l’expérience pourrait avoir un impact négatif, citant l’exemple d’une femme qui a tenté de se suicider après le décès de sa fille.

Xuanmo aurait « probablement accepté » d’être ramené à la vie virtuellement, affirme son père. « Un jour, mon fils, nous nous retrouverons tous dans le métavers », lance-t-il tandis que sa femme pleure devant sa tombe. « La technologie s’améliore de jour en jour… ce n’est qu’une question de temps. »

(Source: AFP)

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